Pied cassé et jambe de bois -( ancien post nov 2012)

El Cabo de la Vela….. Réputé pour être le Cap horn de la caraibe, nous le redoutons… Dans certains blogs que nous avons lus, les plaisanciers ont du affronter des vents très forts s’engouffrant depuis la montagne vers le cap… Si la houle est ,elle aussi, importante et d’une période rapprochée, cette traversée s’annonce plutôt sportive…. On nous a conseillé de le passer avant la fin octobre. A priori, avant cette date, les vents et la houle sont plus cléments… Comme nous sommes partis depuis Curaçao, avec un vent qui commençait à peine à se lever, suite à une quinzaine de jours de pétole, nous sommes confiants quand à l’état du vent et de la houle…. 

 

Pour l’instant, la mer est calme… Nous nous rapprochons doucement du cap. Le vent forcit légèrement, mais la houle n’a pas encore eu le temps de se former après la pétole. Comme vous pouvez le constater, les conditions sont plutôt idéales, puisque nous avons le temps de poser pour la photo souvenir… Par mesure de précaution, nous avons tout de même réduit la voilure au minimum. Nous sommes en approche… Rien à signaler… Au fond de nous, nous pensons fortement « C’est tout??? ». Évidemment aucun de nous deux le commente à l’autre: nous ne sommes pas encore arrivés…. (La dernière fois que j’ai dit « déjà », j’ai eu un accident de voiture, alors… Evitons tout soupçon d’ironie avant la vraie arrivée)… Il se peut que nous ne soyons pas au bout de nos surprises (Quien sabe?)

Nous enroulons autour du cap… Une forte accélération fait monter l’anémomètre autour des 30 noeuds… Nous sommes maintenant au près pour le dernier quart d’heure…. Nous gérons sans aucun soucis…. Nous nous félicitons donc,aussitôt arrivés, d’avoir passé, avec succès, le fameux « Cap horn des Caraibes »…. Sommes nous vraiment devenus de VRAIS marins aguerris? ou avons nous tout simplement bénéficié d’excellentes conditions… Nous avons préféré flatter notre égo et croire en la première hypothèse.

Aussitôt l’ancre mise, nous rangeons très succinctement le bateau en regardant nos amis de Shenasa passer à leur tour le Cap…

Il faut dire que sur la plage, plusieurs kite sont en l’air… Le vent est suffisamment fort pour sortir les 7m² et se faire une excellente session…. L’envie nous démange….La fatigue de deux nuits de quart se fait à peine sentir (ou peut être, n’en avons nous pas tenu compte)…. Bref, en moins de deux, la dinghy chargée, nous partons faire du kite… Rappelez vous que cela fait plus de quinze jours que nous sommes sans vent, et cela commençait vraiment à nous manquer…. Nous gonflons les ailes et aussitôt, c’est le bonheur….. L’eau n’est pas bien transparente, mais le vent est idéal.. Le prof de kite du Cabo de la Vela nous donne quelques recommandations pour éviter de se faire prendre par les moles produites par les huttes du village… Après quelques bords, à nous les sauts…. Lolo s’en donne à coeur joie, et moi j’essaye de perfectionner mon appui, pour que mes sauts soient plus hauts… Martin (le prof) et Laurent, me disent d’accentuer la position sur le quart arrière de la planche… En effet, en donnant plus de résistance, je devrais décoller encore plus…. Et enfin, ça y est, je décolle…. Enfin vraiment….Selon  mon impression, bien évidemment, car lorsque je pense m’envoler de 4m, je ne dépasse pas  les 2m… Bonne technique, je m’y reprends…. Et là, je monte, je vole, c’est l’extase…. ça marche.. je suis euphorique… A moi, les grandes sessions de sauts!!! 360° et compagnie….. Je rêve… Je plane……

Et soudain c’est le drame….. En retombant, le genou droit claque… Exactement la même sensation qu’il y a 2 ans en snow…. J’ai mal… Heureusement l’eau froide soulage la douleur…. Laurent passe à côté de moi en me faisant un signe de félicitation… Et oui, cette fois-ci j’avais vraiment décollé…. Moi j’ai le visage crispé, je lui cris « je suis blessée »…. Il m’entend à peine, mais réalise que je suis en train de rentrer vers le bord en nage tractée…. Il récupère ma planche (comme il le fait si bien en temps normaux, tel un chevalier servant au secours de sa princesse), et commence alors le sauvetage…. Il rentre aussitôt vers la plage pour poser son aile et être prêt à récupérer la mienne…. Pendant que je me fais tracter j’ai l’impression que la douleur s’atténue légèrement… Je ne suis plus très loin, lorsque j’entends mon Lolo pousser un hurlement…. Il fait des allers et venues, en boitant…. Il semblerait s’être fait mal au pied gauche…. Quelque chose l’a piqué, et il souffre le martyr… Je n’ai aucune envie d’aller dans sa direction et de risquer de poser un de mes pieds sur je ne sais quel animal… j’opte donc de foncer vers les élèves de Martin qui me récupèrent l’aile sans problème…Aucun mot, n’est apparemment assez fort pour décrire la douleur qui ravage le pied de Laurent… je sors de l’eau en essayant de poser à peine mon pied droit au sol, afin d’éviter l’effort sur le genou. Je boite…..

Laurent pense avoir été piqué par un poisson pierre (celui des caraibes n’est heureusement pas mortel comme celui du pacifique)… les locaux parlent de « peces sapo » – le poisson crapaud… « Heureusement », notre copain Micka, déjà piqué par ce poisson à la Blanquilla, nous avait raconté la marche à suivre pour limiter la douleur…. Finalement de nous deux, je suis la plus mobile… Nous rejoignons la dinghy. Je boite à droite, il clopine à gauche… Quelle bonne idée, nous avons eue… Je ramène  mon Lolo au bateau, il a besoin en urgence de tremper son pied dans de l’eau bouillante avec un peu de javel…. Il souffre…. Bon moi aussi, mais pour lui, la douleur est bien pire…. Aussitôt au bateau, je retourne à terre,ranger le matériel… je suis heureusement aidée par les enfants locaux… Je dois éviter tout effort sur le genou… Je n’ai pas le temps de m’apitoyer sur mon sort, je pense trop au pied de Lolo…. De retour au bateau, il crie encore de douleur…. d’après Micka, il faut attendre au moins une heure avant que celle-ci commence à diminuer…. Le pauvre….Il n’y a rien à faire, seulement attendre…. En venant me secourir, il y a laissé un pied… Nous avons l’air malin tous les deux: pied cassé et jambe de bois …. Dans l’ironie du sort, nous avons quand même réussi à que ce ne soit pas le même côté… Laurent gauche, moi droit, question d’équilibre du couple….

Pendant que la douleur de Laurent diminue, je ‘improvise médecin du sport et envisage les différentes options: Si le ligament est rompu, il faudra opérer et certainement rentrer plus tôt en France.. S’il est juste étiré, il faut du repos, et une bonne rééducation… La belle aubaine, sur un bateau en route pour la Colombie!!…En plus, nous n’avons pas d’atèle à bord, nos voisins non plus…. Aucun morceau de bois ou de tige métallique…. Demain, il faudra partir en quête d’une atèle de fortune….

Finalement, quand on insiste sur le fait de ne pas faire un sport extrême si la fatigue est présente, ce n’est pas pour tomber dans les oreilles de sourd comme nous!!!! Heureusement, aujourd’hui cette histoire nous fait bien rire, car si vous aviez vu mon chevalier servant voler à mon secours, et finalement être réduit à faire 4 allers retours sur lui même en criant « et merde », vous en rigoleriez également…..

Toujours est il que le lendemain Laurent s’offre une belle session au coucher du soleil.. (Et oui, la douleur a disparu)

Moi je discute avec André, un ancien militaire qui a installé son école de windsurf ici…. C’est lui qui m’a trouvé deux tiges rigides et une bande élastique qui feront office d’atèle… J’ai bon espoir que ce ne soit pas ma dernière session de kite de 2012… Wait & see!!!

 

 

Ce contenu a été publié dans Colombie. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *